« Il ou elle est revenu(e), donc il ou elle a échoué (e). » Combien de fois avons-nous entendu cette phrase ? Pourtant, revenir, c’est aussi un acte de courage. En 2022, plus de 33 000 personnes migrantes ont été accompagnées dans leur retour volontaire en Afrique de l’Ouest et Centrale. La majorité a bénéficié d’un soutien pour réinvestir dans leur communauté. Leur retour n’est pas un échec, mais une force pour l’économie locale. Et vous, comment accueilleriez-vous un proche qui revient ? Parlons-en sans jugement. #ParlonsRetour #SansTabou
Ceci est un message du projet OUESTAF, financé par l’Union européenne, contracté par l’ICMPD et mis en œuvre par WeWorld et WiLDAF-AO

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Partir à l’étranger dans l’espoir d’une vie meilleure reste un rêve partagé par de nombreux jeunes Africains. Mais entre désillusion, précarité et retour difficile, la migration révèle souvent une réalité plus complexe. Cet article explore les défis du retour et de la réintégration à travers les parcours contrastés de 2 jeunes migrants burkinabè revenus volontairement : Z-I et N-Z.
La migration, phénomène mondial aux multiples visages, est souvent motivée par la quête d’un avenir plus prometteur. Pour beaucoup, elle représente une échappatoire aux difficultés économiques et un espoir d’ascension sociale. Pourtant, derrière les récits idéalisés se cachent des trajectoires marquées par des épreuves, des remises en question et parfois un retour contraint au pays d’origine. La question du retour des migrants dépasse largement le simple fait de rentrer chez soi. Elle englobe les intentions, les conditions du retour et surtout la capacité à se réinsérer durablement. Or, ces dynamiques restent encore mal documentées, notamment en raison du manque de données fiables tant dans les pays d’origine que de destination.
De l’illusion américaine à la réussite locale
Parti aux États-Unis en 2013, ZI incarne l’enthousiasme et les espoirs portés par de nombreux jeunes. Influencé par un ami basketteur évoluant en deuxième division et également partenaire de rap, il réussit à convaincre ses parents de financer son voyage. Mais à son arrivée, le rêve américain se fissure rapidement. Les études passent au second plan, remplacées par une urgence de survie. Entre petits boulots et instabilité, il construit progressivement une forme d’équilibre, d’abord à Houston, au Texas, puis à Washington DC.
Après plusieurs années, ZI fait un choix difficile mais assumé. Il rentre au pays en 2020. Une décision qui demande, selon ses propres mots, « du courage », tant la réintégration s’annonce complexe. Son retour est marqué par un premier échec entrepreneurial. Victime d’un abus de confiance, il perd une grande partie de ses économies. Un choc qui aurait pu le pousser à repartir. Mais ZI choisit une autre voie : apprendre de ses erreurs et mieux planifier son avenir.
Aujourd’hui, il est entrepreneur et investisseur. Une réussite progressive qui contraste avec les débuts difficiles de son retour. Son parcours illustre une réalité souvent ignorée : revenir ne signifie pas échouer, mais recommencer autrement.
Son message est clair :« Revenir sans plan, c’est revenir se casser le cou. »
Il appelle également les autorités à mettre en place des structures d’accompagnement capables de créer un lien entre le départ et le retour, tout en valorisant les réussites locales comme modèles.
Entre rêve européen et retour stigmatisé
Le parcours de NZ, entamé entre 2017 et 2018, suit une trajectoire différente mais tout aussi révélatrice. Attiré par les images d’une Europe prospère, il commence son aventure en Suisse, à Zurich, où il dépose une demande d’asile. Le rejet de cette demande marque un tournant. Contraint de quitter le pays, il s’installe en Allemagne, à Hambourg, où il vit sans statut légal. Sa survie dépend alors de petits emplois informels, dans un climat d’incertitude permanente.
La pandémie de COVID-19 vient aggraver une situation déjà fragile. Privé de travail et de ressources, il se retrouve progressivement acculé, jusqu’à n’avoir d’autre choix que de rentrer.
Mais le retour n’est pas synonyme de répit. Il est au contraire chargé par le regard des autres :« Quand les gens apprennent que tu as fait l’Europe, ils te collent une étiquette… ». Cette stigmatisation sociale devient un obstacle majeur à sa réinsertion. Elle freine son accès à l’emploi et pèse sur sa reconstruction personnelle
Le poids du regard social et l’urgence d’un accompagnement
Les témoignages de ZI et NZ mettent en lumière une réalité commune : le retour est souvent plus difficile que le départ. Au-delà des défis économiques, les migrants doivent affronter des jugements sociaux, parfois même au sein de leur propre famille. Pour NZ, cette pression sociale est l’un des principaux freins au retour volontaire. Beaucoup préfèrent rester à l’étranger dans des conditions précaires plutôt que de faire face à la honte ou aux moqueries. Il plaide pour une meilleure sensibilisation et un changement de regard : revenir ne devrait pas être perçu comme un échec, mais comme une étape de vie.
Repenser la migration et valoriser les alternatives locales
Fort de son expérience, NZ encourage les candidats à la migration à reconsidérer leurs priorités. Plutôt que d’investir dans un voyage risqué, il suggère d’orienter ces ressources vers des projets locaux, notamment dans l’entrepreneuriat.
Les deux parcours convergent également sur un point essentiel dont le rôle des pouvoirs publics. Il devient urgent de mettre en place des politiques de réintégration efficaces, incluant des formations pratiques adaptées, un accompagnement à l’emploi et des actions concrètes contre la stigmatisation.
Entre espoirs déçus et renaissances inattendues, les trajectoires de ZI et NZ rappellent que la migration est loin d’être un long fleuve tranquille. Si partir peut sembler être une solution, revenir demande souvent encore plus de courage.
Ahoua KIENDREBEOGO/OuagaNews.net

