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Mali/contrat russe Wagner-mort d’al-Sahraoui : quelle coïncidence troublante !

Au moment où les rumeurs circulent sur un contrat entre les autorités maliennes et les mercenaires de la société russe Wagner, la France annonce la mort d’Adnan d’Abou Walid al-Sahraoui, chef du groupe État islamique au grand Sahara (EIGS). Selon un message diffusé sur le compte Twitter du président français, Emmanuel Macron, le chef terroriste a été tué en fin août, par un raid de la force Barkhane.

Une information qui intervient maintenant, alors qu’il est question ces temps-ci, de contrat entre les autorités maliennes et les mercenaires russes de la société Wagner. Si officiellement, le gouvernement malien ne s’est pas exprimé sur ledit contrat, l’information fait tout de même grincer des dents du côté de Paris.

Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves le Drian, a menacé de retirer définitivement les troupes de Barkhane, si toutefois l’arrivée des mercenaires russes au Mali venait à être confirmée. En clair, Paris ne veut pas de la présence russe sur le sol malien où se déroule l’essentiel de ses opérations militaires.

La présence russe signifierait un échec des troupes françaises présentes au Mali, depuis huit ans, sans pouvoir réduire la capacité de nuisance des terroristes qui continuent d’y semer la désolation. Au plan diplomatique, la Russie gagnerait en influence dans un pays où la France a toujours une position de privilégiée.

L’annonce de la mort d’al-Sahraoui dans ce contexte d’une intervention de mercenaires russes en territoire malien n’est pas fortuite, même si Paris s’en défend. Mais pourquoi attendre  la mi-septembre pour annoncer la mort du chef terroriste, tué fin août ?

Par cette information sur la neutralisation du chef de l’EIGS, la France veut rassurer qu’en dépit des critiques, elle traque sérieusement les terroristes au Sahel. Sa présence au Mali se justifie, ce qui signifie qu’il serait incongru pour les autorités maliennes d’inviter d’autres forces étrangères sur le théâtre des opérations.

Paris veut montrer qu’il lutte sérieusement contre le terrorisme au Mali. Il suffit d’œuvrer ensemble, à instaurer un climat de confiance pour que les efforts sur le terrain portent leurs fruits. Mais là où le bât blesse, c’est le fait qu’une armée aussi puissante et suréquipée que la force Barkhane puisse s’enliser dans le Sahel, depuis huit ans, sans véritablement réduire à néant les terroristes.

Dans cette situation, le Mali est obligé de se tourner vers d’autres partenaires qui pourraient l’aider efficacement dans cette guerre contre la nébuleuse terroriste. Si ce grand pays se trouve aujourd’hui dans cette période d’instabilité institutionnelle, c’est essentiellement à cause de la dégradation de la situation sécuritaire qui a fait basculer une grande partie du territoire dans une violence sans précédent.

Si la France tient à garder la tête haute dans ce Sahel, elle devrait montrer sa volonté réelle de travailler à extirper le poison terroriste, au nom duquel elle justifie sa présence. A défaut, les pays du Sahel vont impérativement aller chercher le soutien là où il le faut, n’en déplaise aux autorités françaises.

Au-delà des crispations que la signature de contrat avec des mercenaires russes suscitent entre Bamako et Paris, cet état de fait pose le problème de la capacité de nos armées à défendre l’intégrité de leurs territoires et à protéger les citoyens.

L’on parle de six milliards de F CFA qui seraient versés aux Russes, en plus de l’exploitation de mines, si toutefois le contrat venait à être signé. Pourquoi ne pas consacrer ces énormes sommes à former et équiper convenablement l’armée malienne, afin de lui permettre de faire face au terrorisme.

Il y a quelque-chose de gênant et dérangeant dans cette histoire. Une fois de plus, ce n’est pas de l’extérieur que viendront les solutions aux maux qui minent l’Afrique. C’est aux Africains de s’armer de courage pour affronter les défis auxquels ils sont confrontés.

L’Afrique ne saurait rester éternellement le théâtre d’opérations du jeu d’intérêts des Occidentaux.  Où est passée la légendaire solidarité africaine vantée, quand le malheur frappe à nos portes. Ce qui est sûr, personne ne viendra se sacrifier à la place des Africains, de façon désintéressée. Français, Russes, Américains et autres mettront toujours en avant leurs intérêts.

Il faut arrêter de se leurrer pour des solutions qui démontrent notre incapacité à assumer nos responsabilités. Le remède contre le terrorisme qui secoue le Sahel viendra de la volonté affichée des chefs d’Etat de déployer les moyens qu’il faut dans la guerre. Nul besoin de recourir à des solutions de pacotille qui ne font qu’entretenir une certaine infantilisation de l’Afrique. Aux Africains de s’armer contre les entraves à un vrai décollage du continent. Libérons nos esprits pour qu’advienne une Afrique digne et fière !

La Rédaction/Ouaganews

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