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[Agriculture] Burkina-PAM : la restauration des sols, une révolution silencieuse qui change la vie des populations dans le Koulsé et l’Oubri

Au Burkina Faso, la terre est à la fois une richesse et un défi de chaque instant. La grande majorité de la population tire ses ressources de l’agriculture, mais cette activité reste suspendue aux caprices d’un ciel de plus en plus incertain. Faute d’alternatives technologiques ou financières suffisantes, les paysans sont directement exposés aux sécheresses et aux inondations soudaines. Pour rompre ce cycle de précarité, le Programme alimentaire mondial (PAM) collabore avec le gouvernement burkinabè afin de renforcer la résilience des systèmes alimentaires nationaux. Cette stratégie repose sur une architecture qui allie systèmes d’alerte précoce, techniques agricoles durables et mécanismes financiers comme l’assurance climatique.

La dégradation des terres constitue l’un des principaux défis environnementaux et agricoles dans les zones arides, notamment en Afrique subsaharienne. L’érosion hydrique, la baisse de la fertilité des sols, la raréfaction de la couverture végétale ainsi que la variabilité climatique compromettent la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance des populations rurales. Face à ces contraintes, des efforts soutenus sont déployés pour atténuer et anticiper les impacts des chocs climatiques auxquels ces zones sont exposées.

Dans ce contexte, les techniques traditionnelles de gestion durable des terres, telles que les zaï et les demi-lunes, les cordons pierreux entre autres, se sont révélées efficaces pour restaurer les sols dégradés et améliorer la productivité agricole. La région du Centre-Nord, devenue aujourd’hui la région de Koulsé, est beaucoup plus exposée à la sécheresse récurrente, à des irrégularités des pluies, dégradation des sols ce qui entraine la baisse des rendements agricoles. Alors que cette zone, en plus de l’aridité de ses sols liée à l’insuffisance des précipitations, est confrontée à une situation sécuritaire. Une réalité qui réduit encore les superficies cultivables, tandis que la population, de plus en plus concentrée, continue de croître.

Avec cette situation complexe, l’intervention du Programme alimentaire mondial (PAM) joue un rôle déterminant, en contribuant à la fois au renforcement des moyens de subsistance et à la résilience des communautés. C’est pourquoi, pour donner une meilleure visibilité aux actions menées par le PAM dans cette région, des journalistes se sont rendus sur le terrain pour s’imprégner de ses interventions, dans le cadre de son appui aux gouvernements en matière de recherche de réponses durables aux risques climatiques.

Le 1er décembre 2025, une mission de terrain a permis de mesurer l’ampleur de ces transformations dans la région des Koulsé dans l’ex-centre Nord du Burkina Faso. À l’arrivée de la délégation, l’air est déjà sec en raison de l’harmattan. Le directeur régional de l’Agriculture, des Ressources Animales et Halieutiques, Ragnimsom Serge Igor Birba, a accueilli les visiteurs en rappelant que le PAM s’est rigoureusement aligné sur la feuille de route de l’offensive agricole lancée par l’État.

Il a souligné que les fermes agro-sylvopastorales actuellement en cours de réalisation représentent bien plus que de simples champs. Ce sont des pôles de production qui permettent aux populations de maintenir une activité malgré la dégradation de l’environnement.

« Avec l’installation de forages et de systèmes de rétention d’eau, les producteurs peuvent désormais envisager de produire en toute saison, ce qui constitue un rempart essentiel contre les caprices du climat », va-t-il précisé.

« La reconquête technique à Goaragui»

La route vers le village de Goaragui est longue et cahoteuse. Cette localité située à quinzaine de km de distance de la ville de Kaya, est enclavée et nichée au cœur d’une chaîne de petites collines qui semblent encercler les habitations. Ici, l’agriculture non mécanisée et l’élevage traditionnel sont les seuls moteurs de l’économie locale. Sous un soleil de plomb qui atteint son zénith vers midi, le paysage révèle une savane arbustive clairsemée.

Le sol rouge, jonché de pierres ferrugineuses, semble à bout de souffle. La végétation y est rare et les quelques arbres présents montrent des signes de stress hydrique. Pourtant, derrière cette apparence de désolation, une révolution silencieuse de restauration de ces terres est en train d’être fait.

Accueillis par une foule d’habitants mobilisés, les journalistes ont été conduits vers les parcelles aménagées où ils ont travaillé pendant la saison hivernale. Les producteurs y ont adopté avec rigueur la technique des cordons pierreux. Cette méthode, bien que traditionnelle dans son essence, a été perfectionnée. Elle consiste à collecter des blocs de pierre et à les disposer de manière méthodique en trois couches successives, tout en respectant scrupuleusement les courbes de niveau du terrain.

Ce dispositif ingénieux ralentit le ruissellement sauvage des eaux de pluie, et laisse le temps à l’humidité de s’infiltrer en profondeur. Il permet également de retenir les nutriments organiques et les sédiments qui, autrement, seraient emportés vers les bas-fonds. Grâce à cet effort collectif, environ 150 hectares de terres autrefois considérées comme définitivement perdues ont été réhabilités dans ce village.

Wanèba Sawadogo a présenté la parcelle qu’il a pu exploiter durant la saison hivernale grâce à l’appui des agents techniques de l’agriculture et du PAM. Le champ se situe sur un terrain nu, presque dépourvu d’arbres, où même les arbustes sont rares. Il explique qu’autrefois, cette surface était inexploitable en raison de l’extrême aridité du sol.

« Cet endroit que vous voyez était autrefois inexploité, car même l’herbe n’y poussait pas. Mais grâce aux techniques résilientes du PAM, notamment les cordons pierreux et les demi-lunes, nous avons réussi à rendre ces surfaces autrefois stériles cultivables. Ces aménagements nous permettent de retenir l’eau de pluie pendant un certain temps sur les parcelles.», explique-t-il.

Aujourd’hui, les rendements sont multipliés et la sécurité alimentaire de sa famille est mieux assurée. « Le fait que les tiges de mil repoussent vigoureusement après la coupe est la preuve irréfutable que le sol a retrouvé sa fertilité et sa vitalité », a-t-il conclu tout en désignant les restes sur les vestiges de sa récolte.

Ces techniques résilientes constituent, pour les populations rurales, un savoir salvateur leur permettant de répondre aux événements climatiques extrêmes qui marquent la réalité actuelle, notamment les sécheresses, les inondations et autres aléas dont l’intensité s’accentue au fil des années.

« L’agriculture comme outil de cohésion sociale et de survie »

Le projet dépasse largement le cadre technique pour toucher à la dignité humaine. Dans une région marquée par l’insécurité, le village de Goaragui et ses voisins sont devenus des terres d’accueil pour de nombreuses personnes déplacées internes (PDI). Ces familles, qui ont tout perdu en fuyant les violences, travaillent aujourd’hui au coude à coude avec les populations autochtones. Cette solidarité se manifeste à travers le partage des terres et des connaissances.

Saidou Sawadogo est l’un de ces déplacés. Il raconte son parcours mais aussi avec une grande fierté retrouvée. Il a expliqué avoir appris avec assiduité les techniques du zaï, qui consiste à creuser des poquets pour concentrer l’eau, ainsi que la fabrication de compost organique à partir de résidus locaux.

Il se réjouit aujourd’hui de voir son grenier déborder de céréales, alors que sa production repose sur une surface d’à peine un hectare. Pour lui, « Ce savoir-faire est un bagage précieux qu’il compte bien emporter et transmettre dans son village d’origine le jour où la paix permettra un retour définitif », a-t-il confié. Il a également lancé un appel vibrant aux autres déplacés pour qu’ils s’approprient ces modèles d’accompagnement qui redonnent une autonomie réelle et une dignité.

À Litenga, dans la commune de Korsimoro, le constat de réussite est identique. Les habitants exploitent le granit, disponible en abondance, pour mener une lutte acharnée contre l’érosion. Ce travail est physiquement éprouvant. Il nécessite de concasser les blocs à la main, de les transporter en brouette et de les aligner sous une chaleur étouffante.

Cependant, l’effort en vaut la peine. Ces aménagements ont permis de stabiliser des voies de communication qui étaient autrefois coupées par les eaux de ruissellement, qui isole ainsi les hameaux. Ils contribuent ainsi à la survie des populations, désormais en mesure d’accéder aux villages disposant de centres de santé en cas de maladie ou d’accouchement. Sana Yacouba, un habitant de Litenga, a témoigné que sa parcelle était restée inexploitée pendant quinze ans avant l’intervention du PAM. Aujourd’hui, dit-il, « Je récolte du mil et du haricot en quantité suffisante, prouvant que la résilience n’est pas un vain mot mais une réalité mesurable ».

« La science et l’anticipation au cœur de la stratégie »

Pour pérenniser ces résultats, le PAM mise sur une vision à long terme qui intègre la donnée scientifique. Le directeur régional de l’agriculture a souligné l’urgence de cette approche en notant un changement radical dans le calendrier cultural.

Il a expliqué qu’il y a trois décennies, les paysans commençaient à semer dès le mois de mai. « De nos jours, la rareté des pluies et le dérèglement climatique repoussent les premières semailles au mois de juillet, ce qui réduit considérablement la fenêtre de production », souligne-t-il.

Face à cette menace, des petites stations météorologiques de haute précision ont été installées dans des zones stratégiques, comme celle visitée par la délégation dans la commune de Laye de la région de Oubri. Ces infrastructures sont équipées de capteurs capables de mesurer en temps réel le taux de précipitations, l’humidité du sol et la température.

Le pluviomètre devient alors un outil de décision indispensable. Les données collectées sont transmises à l’Agence nationale de la météorologie (ANAM), qui peut ainsi diffuser des alertes précoces en cas de risque d’inondation ou de sécheresse prolongée.

Estelle Nikiéma, chargée de programme au sein de l’unité climatique du PAM, a détaillé les trois piliers de cette intervention. Le premier concerne les actions anticipatoires, qui permettent d’agir avant que le choc climatique ne survienne. Le deuxième volet est la macroassurance, conçue pour aider l’État à financer les réponses d’urgence après une catastrophe.

Enfin, le troisième pilier est la microassurance indicielle. Ce mécanisme, bien que complexe à vulgariser, permet d’indemniser directement les petits producteurs si les indicateurs climatiques, comme le niveau de pluie, tombent en dessous d’un certain seuil. Mais toutefois cette adhésion des paysans à ces assurances reste un défi de sensibilisation qu’il faut continuer à relever.

«Des infrastructures pour une vie meilleure»

L’accompagnement du PAM se traduit aussi par des réalisations physiques qui transforment le quotidien des femmes et des hommes. Dans des zones où chaque goutte d’eau compte, la création de «boulis», des retenues d’eau artificielles, est une bénédiction. À Goaragui, l’un de ces points d’eau a été aménagé à quelques centaines de mètres des habitations.

Ces infrastructures remplissent plusieurs fonctions. Elles servent à abreuver le bétail, et permet d’éviter ainsi aux éleveurs de longs déplacements qui épuisent. Elles permettent également aux femmes de disposer d’eau pour les besoins domestiques ou pour la confection de briques destinées à la construction de logements.

Enfin, elles ouvrent la voie à la petite irrigation maraîchère, offrant ainsi une source de revenus complémentaire et une alimentation plus diversifiée. Le directeur régional de l’environnement des Koulsé, Toussaint Bationo, a vivement encouragé ces initiatives. Pour lui, elles favorisent non seulement la survie humaine mais aussi la régénération naturelle de la végétation environnante.

Au Burkina Faso, la dégradation des terres touche 24% à 34 % du territoire, soit plus de 9 millions d’hectares, selon le ministère de l’Environnement et les Nations Unies. Ce phénomène, aggravé par le changement climatique, menace la survie des agriculteurs.

Face à cette urgence, le Programme alimentaire mondial (PAM) propose des alternatives. Grâce aux techniques des cordons pierreux, du zaï et des demi-lunes, des villages comme Goaragui restaurent des sols autrefois stériles.

L’installation de stations météorologiques et de systèmes d’assurance permet également d’anticiper les risques. Ces actions transforment la vie des populations et des déplacés internes, prouvant que la restauration des terres est possible malgré l’aridité et l’insécurité.

Ahoua KIENDREBEOGO/OuagaNews.net

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