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Le Burkina Faso en mutation : l’impératif de souveraineté sous la transition

Depuis 2022, la souveraineté nationale s’est progressivement imposée au Burkina Faso comme l’un des axes majeurs du discours et de l’action des autorités. A l’occasion des quatre années de gouvernance du capitaine Ibrahim Traoré, cette orientation est présentée comme une volonté politique de renforcer les capacités nationales, de valoriser les ressources locales et de diversifier les partenariats, tout en s’appuyant sur l’adhésion patriotique du peuple.

Ce changement de cap, intervenu le 30 septembre 2022, affiche une nouvelle orientation politique et économique ambitieuse. Elle se fonde principalement sur la recherche d’une plus grande autonomie dans les choix stratégiques du Burkina. Cette dynamique souverainiste s’exprime de façon transversale : défense et sécurité, économie, agriculture, industrie, exploitation minière, infrastructures et coopération internationale.

Le concept de « produire davantage et transformer localement » constitue l’un des piliers de ce modèle de développement endogène. L’objectif affiché est de réduire progressivement la dépendance extérieure en encourageant la production nationale. Dans cette perspective, les autorités mettent en avant l’entrepreneuriat communautaire, la modernisation agricole et la création d’un tissu industriel local. L’Agence pour la promotion de l’entrepreneuriat communautaire (APEC) s’impose ici, comme un instrument-clé, permettant aux Burkinabè de participer directement au financement des entreprises nationales. De plus, lors des cérémonies de montée des couleurs dans les services publics, les travailleurs sont régulièrement sensibilisés au concept du « consommons burkinabè ». Le slogan autour du « Made in Burkina » traduit cette ambition de faire de la consommation locale, un levier de souveraineté économique.

L’acquisition de cette souveraineté économique tant désirée repose sur un accent particulier mis sur la mobilisation des ressources internes. Selon le Ministère de l’économie et des finances, plus de 14 000 milliards de francs CFA de recettes ont été mobilisés pour le budget de l’Etat entre 2022 et septembre 2026. Le même bilan fait état de plus de 700 milliards de francs CFA collectés pour le Fonds de soutien patriotique (FSP), ainsi que de 151 milliards de francs CFA via les Diaspora Bonds. Parallèlement, la lutte contre la fraude et l’assainissement de la gouvernance financière occupent une place centrale. Lors de son entretien du 27 septembre 2026, le capitaine Ibrahim Traoré a d’ailleurs insisté sur la nécessité de consolider la reprise en main des secteurs stratégiques par l’Etat.

Dans cette optique de valorisation, la gestion des ressources minières s’avère cruciale. La volonté affichée est de dépasser le simple rôle de pays exportateur de matières brutes pour développer la transformation sur place et capter une plus grande partie de la valeur ajoutée. Cette orientation s’est concrétisée par la mise en service de la première raffinerie d’or du Burkina. En outre, cette valorisation des ressources doit s’étendre au capital humain. Il conviendrait notamment, de mieux valoriser les compétences des agents de la fonction publique des catégories inférieures détenteurs de diplômes de catégorie A, afin d’intégrer pleinement leur contribution à la réflexion intellectuelle et administrative du pays.

La diversification des partenariats ne signifie pas pour autant un isolement du Burkina Faso, aucun Etat ne pouvant vivre en autarcie. Elle traduit plutôt le refus d’une dépendance exclusive à l’égard d’un seul partenaire. Dès novembre 2022, le gouvernement exprimait sa volonté de réorienter ses relations internationales pour mieux défendre les intérêts nationaux. Cette diplomatie s’est matérialisée par un rapprochement avec de nouveaux alliés géopolitiques et par le renforcement stratégique de l’Alliance des États du Sahel (AES).

Au-delà des discours et des réformes engagées, l’atteinte d’une pleine souveraineté demeure un défi de longue haleine. Elle suppose de renforcer durablement l’éducation, la formation professionnelle, l’emploi et les capacités industrielles. Elle nécessite également de consolider les institutions et de répondre concrètement aux préoccupations quotidiennes des populations.

Quatre ans après le tournant de 2022, le Burkina Faso suit une trajectoire nouvelle. Le défi des prochaines années sera de transformer cette ambition politique en résultats structurels tangibles, capables d’améliorer durablement les conditions de vie des citoyens burkinabè et, par extension, d’inspirer le continent africain.

Anne Adélaïde Tenin Mana

 

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