En Afrique de l’Ouest, 44 % des personnes migrantes sont des femmes (UN DESA, 2024). Comme pour les hommes, leur migration offre une amélioration économique pour leur famille et leur communauté. Pourtant, leur parcours est souvent marqué par des défis spécifiques : accès limité à l’information, risques accrus de violences basées sur le genre ou difficultés administratives. Renforçons donc les cadres de protection et garantissons leurs droits tout au long de leur parcours migratoire, pour que chaque migration découle d’un choix éclairé et sécurisé. #ProtectionPourToutes #MigrationJuste
Ceci est un message du projet OUESTAF, financé par l’Union européenne, contracté par l’ICMPD et mis en œuvre par WeWorld et WiLDAF-AO
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En Afrique de l’Ouest, 44 % des migrants sont des femmes (UN DESA, 2024) et leur parcours est souvent marqué par des défis spécifiques. C’est le cas de Salamata (nom d’emprunt) qui en 2010, en quittant le Burkina pour rejoindre son époux installé en Libye, ne s’attendait pas à traverser l’une des expériences les plus éprouvantes de sa vie. Entre la traversée meurtrière du désert, les restrictions imposées aux femmes, les violences subies et les difficultés d’accès aux soins, son témoignage dévoile une réalité souvent méconnue de la migration féminine. Témoignage émouvant !

« Je ne suis pas partie pour chercher du travail ou une vie meilleure. Je voulais simplement rejoindre mon mari », précise-t-elle d’emblée. Mais le voyage terrestre qui devait la conduire auprès de son époux prend l’allure d’un véritable parcours de survie dans le désert dans des conditions extrêmes. La nourriture se résume à quelques morceaux de pain, l’eau est conservée au compte-gouttes et l’hygiène devient un luxe inaccessible. Pour Salamata, ces privations sont encore plus difficiles à supporter en tant que femme. « On n’avait même pas assez d’eau pour boire, alors prendre une douche était impensable », raconte-t-elle.
Mais au-delà des souffrances physiques, ce sont surtout les images du désert qui continuent de la hanter. Des voyageurs abandonnés après une panne, des personnes mourant lentement de soif et de faim, mais aussi des squelettes humains jonchant la route. « Nous avons vu des personnes agonisées et même des squelettes humains. C’était horrible », se souvient-elle. Dans cet univers où chacun lutte pour sa propre survie, porter assistance à une personne en détresse peut coûter la vie. « Si tu t’arrêtes pour aider quelqu’un, les passeurs t’abandonnent avec lui. Tu es obligé de continuer ».
Arrivée en Libye, Salamata retrouve finalement son mari. Pourtant, la fin du voyage ne marque pas la fin de ses épreuves. Elle découvre un pays plongé dans une insécurité permanente où la vie des migrants est rythmée par la peur, la précarité et les nombreuses restrictions.
Pour les femmes, cette réalité est encore plus pesante. Salamata explique qu’elles vivent avec une liberté limitée. Sortir seule est souvent déconseillé, voire impossible ou dangereux dans certains quartiers, et accéder à une activité rémunérée demeure extrêmement difficile. Dépendantes de leurs proches ou de la solidarité de leur communauté, beaucoup passent leurs journées enfermées dans les logements, par crainte de l’insécurité ou des contrôles. « J’ai préféré rentrer pour retrouver ma dignité et ma liberté », résume-t-elle aujourd’hui.
La vulnérabilité expose également de nombreuses migrantes aux violences sexuelles. Sur les routes migratoires comme dans les pays de transit, elles deviennent des proies faciles pour des passeurs, des groupes armés ou d’autres individus profitant de leur situation de faiblesse. Salamata dit avoir été épargnée, mais garde en mémoire le drame vécu par une proche. « Je connais une femme, épouse d’un ami de mon mari, qui a été violée sous les yeux de son mari. Moi, mon voile m’a protégée », confie-t-elle avec émotion. Derrière son histoire se dessine celle de nombreuses femmes pour lesquelles les violences sexuelles viennent s’ajouter à la faim, aux extorsions, aux mauvais traitements et aux dangers permanents de l’exil.
Malgré ce contexte difficile, Salamata donne naissance à plusieurs enfants en Libye. Elle reconnaît avoir bénéficié d’une aide grâce à une amie libyenne qui l’accompagnait dans un centre de santé où elle recevait des soins de qualité. « C’était une chance », affirme-t-elle.
Toutes les migrantes ne connaissent cependant pas cette réalité. Sans papiers, sans revenu et craignant d’être arrêtées ou expulsées, beaucoup renoncent aux consultations prénatales et aux structures sanitaires. Certaines accouchent dans des habitations de fortune avec l’aide d’autres femmes migrantes, tandis que d’autres encore restent cachées jusqu’à la naissance de leur enfant. Ces conditions augmentent considérablement les risques de complications pour les mères comme pour les nouveau-nés, révélant une autre facette largement ignorée de la migration féminine.
Après 15 années passées en Libye, Salamata décide finalement, en 2025, de rentrer seule au pays, tandis que son mari choisit d’y rester. Un retour qu’elle considère aujourd’hui comme une libération. Les souvenirs du désert, les années d’enfermement, les privations et les traumatismes restent profondément gravés dans sa mémoire. Mais elle affirme avoir retrouvé ce qui lui manquait le plus, durant son exil : la liberté de vivre et de décider pour elle-même.
Il est donc nécessaire que les pays de transit ou d’accueil renforcent les cadres de protection et garantissent les droits des femmes migrantes tout au long de leur parcours migratoire au regard de leurs défis spécifiques.
Ahoua KIENDREBEOGO/OuagaNews.net

