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Centrafrique/Présidentielle : François Bozizé écarté, une décision responsable

La décision était très attendue sur les bords de l’Oubangui-Chari. La validation par la Cour constitutionnelle des candidatures à l’élection présidentielle du 27 décembre 2020. 22 prétendants au fauteuil présidentiel ont vu leur dossier validé. Ce qui retient l’attention dans cette décision de la Cour constitutionnelle, c’est l’invalidation de la candidature de l’ancien président centrafricain, François Bozizé.

La raison principale de ce rejet est le fait que l’ex-homme fort de Bangui est sous le coup d’un mandat d’arrêt international, datant du 29 mai 2013 pour les motifs d’assassinat, d’arrestation, détention, séquestration arbitraire, torture, exécutions sommaires et extrajudiciaires. La Cour s’est appuyée sur l’article 103 du code électoral qui fixe les critères d’éligibilité.

Elle a également, évoqué les sanctions onusiennes contre François Bozizé, renouvelées en juillet 2020. Au-delà des implications politiques que le camp de l’ancien président renversé en 2013, verrait derrière cette décision, il faut saluer le sens de responsabilité de la Cour constitutionnelle. François Bozizé, cet officier supérieur de l’armée centrafricaine, qui a toujours été mêlé à la gestion du pouvoir dans son pays, depuis plus de trois décennies, n’a jamais été un parangon de vertu.

Après avoir occupé de hautes fonctions sous les présidents Jean Bedel Bokassa et David Dacko, dans les années 70, François Bozizé fomente un coup d’Etat qui se solde par un échec en 1982 contre le régime du général André Kolingba. Contraint à l’exil, il va vivre au Togo, pendant plusieurs années, avant de regagner Bangui à la faveur de l’élection présidentielle multipartite qui porta Ange Félix Patassé au pouvoir dans les années 90.

Devenu un des hommes forts de Patassé, il reste toutefois une menace à la stabilité du régime. Après une énième tentative de prise du pouvoir par la force en 2001, François Bozizé fuit la Centrafrique pour se réfugier au Tchad, avec ses hommes de confiance. Le 15 mars 2003, il profite d’un séjour du président Ange Félix Patassé au Niger, pour le renverser avec l’aide de l’Armée tchadienne.

Durant son règne à la tête du pays, François Bozizé s’est illustré par sa gestion népotique du pouvoir. Plusieurs membres de sa famille vont occuper des postes importants dans l’appareil étatique, durant sa présidence (2003-2013). La mal gouvernance va exacerber la colère des populations et le rendre de plus en plus impopulaire. Le 24 mars 2013, il est renversé à son tour, par les rebelles de la Séléka et Michel Djotodia prend le pouvoir.

Après un exil qui l’amena du Cameroun au Kenya, il regagne son pays en 2019. Toujours obnubilé par son appétit gargantuesque du pouvoir, il est investi comme candidat à la présidentielle du 27 décembre 2020, par son parti, le Kwa na Kwa.  Au regard du jeu trouble que l’homme, âgé de 74 ans, a joué dans la vie politique de son pays, l’invalidation de sa candidature peut être appréhendée sous l’angle d’une décision courageuse de mettre hors-jeu les vieux dinosaures.

Dans leur animation de la vie politique centrafricaine, Bozizé et certains de sa génération ont mis plus en avant leurs intérêts égoïstes plutôt que ceux du peuple. Aujourd’hui si la Centrafrique se trouve dans une telle situation de déliquescence et de délitement, c’est en partie dû à l’incurie de cette génération de politiques. Il est salutaire d’opérer une rupture politique générationnelle, afin de permettre à la Centrafrique de renouer avec une gouvernance qui donne espoir.

La sagesse aurait voulu que Bozizé se fasse une raison, en se retirant de la vie politique, après tout ce qu’il a traversé. Mais comme il pense qu’il est indispensable à son pays, il faut des hommes courageux pour lui dire où devrait être sa place. Les membres de la Cour constitutionnelle ont pris une décision patriotique, en invalidant la candidature de l’ancien président.

Il est temps, en Afrique, de mettre fin à la farce dont certains hommes politiques sont passés maîtres, au point de se prendre pour des messies. D’aucuns diront que l’actuel président, Faustin Archange Touadéra, a utilisé Cour la constitutionnelle pour écarter un concurrent de taille. Même si c’était le cas, il aura rendu service à la Centrafrique, parce que François Bozizé n’a plus rien à prouver, si ce n’est assouvir une soif de vengeance.

Ahmadou Bayala

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