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Retrait de Barkhane du Mali : est-ce la fin de l’influence française au Sahel ?

Comme il fallait s’y attendre, les récurrentes passes d’armes entre les autorités françaises et la junte au pouvoir au Mali, ont fini par solder le sort de la force Barkhane présente au pays de Modibo Keïta, depuis neuf ans.

La détérioration des relations entre Paris et Bamako a finalement mis fin à une présence militaire française controversée au Mali. Venue sous la bannière de la force Serval à la rescousse de l’armée malienne pour stopper l’avancée des groupes terroristes sur Bamako en 2013, les Français avaient prolongé leur présence au Mali.

Serval est devenu Barkhane par la suite, avec une présence militaire plus renforcée. De nombreux terroristes et leurs chefs ont été neutralisés, ces dernières années. Toutefois, la présence militaire française a été l’objet de plusieurs controverses au point que certains s’interrogent sur ses réelles intentions au Mali.

Le chapelet d’incompréhensions va s’accentuer avec l’arrivée au pouvoir du colonel Assimi Goïta au pouvoir en août 2020. L’intention de Bamako de diversifier ses partenaires dans le cadre de la lutte anti-terroriste, notamment avec la Russie, va irriter les autorités françaises.

Elles n’hésiteront à convaincre d’autres pays occidentaux et le Canada à fustiger la présence militaire russe au Mali. Les adresses dénuées de toute posture diplomatique de Paris à l’encontre de Bamako ces derniers mois, ont accentué la discorde. C’est sur fond de malentendus profonds que la force Barkhane va plier bagages du Mali, pour se redéployer certainement ailleurs dans le Sahel ou dans d’autres pays du Golfe de Guinée où la menace terroriste pointe du nez.

L’annonce du retrait de Barkhane et Takuba, faite par le président français Emmanuel Macron ce jeudi 17 février 2022, est la conséquence des contradictions entre Paris et Bamako. D’ailleurs, le chef de l’Etat a justifié sa décision par les « multiples obstructions des autorités de la transition maliennes. » Est-ce réellement une question d’obstructions ? « Nous restons déterminés à soutenir le Mali et sa population dans leurs efforts pour obtenir une paix durable et la stabilité.

Ce retrait se traduira par la fermeture des emprises de Gossi, de Ménaka et de Gao et sera effectué de manière ordonnée, avec les forces armées maliennes et avec la Mission des Nations unies au Mali », a précisé M. Macron.  C’est donc une autre page de l’histoire des relations franco-maliennes qui s’ouvre avec le retrait des forces Barkhane et Takuba.  Que va-t-il advenir après cette décision ? Comment se présage le futur de l’axe Paris-Bamako ?  La France, par ce retrait, a-t-elle perdu de son influence dans son précarré ? Bien malin qui pourra y répondre !  Une chose est sûre.

Au-delà de la question de la légitimité des autorités maliennes que Paris brandit à tout vent pour durcir le ton, il faut prendre conscience de la nécessité d’asseoir un nouveau type de relations avec l’Afrique.

La France, si elle tient véritablement à préserver des relations privilégiées avec ses anciennes colonies, devrait se débarrasser de sa posture paternaliste pour envisager un paradigme plus approprié de coopération fondée sur des bases égalitaires et éthiques. Continuer à vouloir perpétuer de façon insidieuse, une coopération d’une autre époque, c’est courir le risque d’une désintégration de relations séculaires.

Ce que certains qualifient abusivement de sentiment anti-français en Afrique de l’Ouest est en réalité, une désapprobation de la politique française dans ses anciennes colonies. Il est temps d’ouvrir objectivement une nouvelle ère de coopération débarrassée des scories d’intérêts stratégiques et autres alliances contre nature.

Entre les leçons de bonne gouvernance distillées çà et là, il y a lieu de faire en sorte que certaines pratiques moyenâgeuses dans les relations entre Etats souverains prennent définitivement fin. Le monde se porterait mieux si les grandes puissances relativisent leur manière d’agir à l’endroit des autres pays.

A vouloir traiter les autres avec condescendance, mépris et arrogance, on court le risque de basculer le monde dans un cycle d’éternelles incompréhensions préjudiciables à la paix et au développement socioéconomique. L’exemple de la déstabilisation de la Libye, orchestrée de toutes pièces, par un certain Nicolas Sarkozy est là pour convaincre chacun de faire preuve de responsabilité et de pondération.

La Rédaction/OuagaNews

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