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Procès Thomas Sankara : aussitôt ouvert, aussitôt renvoyé au 25 octobre pour des raisons de procédure

Le procès tant entendu de l’histoire du Burkina, l’assassinat du capitaine Thomas Sankara et 12 de ses compagnons, s’est ouvert ce lundi 11 octobre 2021, mai suspendu et renvoyé au 25 octobre prochain à 9 h à la demande des avocats de la défense. Le procès se déroulera malheureusement sans la présence des principaux accusés  que sont l’ancien président Blaise Compaoré et son ancien chef de sa garde rapprochée, Hyacinthe Kafando qui aurait dirigé le commando qui a perpétré les crimes au Conseil de l’entente, où Thomas Sankara et ses collaborateurs étaient en réunion, cet après-midi du 15 octobre 1987.

Qu’est-ce qui a suscité la suspension et le renvoi du procès ?

Les avocats de la défense ont estimé n’avoir pas reçu les pièces du dossier composé de 20 000 pages à temps et qu’il leur faudra du temps pour passer en revue le document qui leur a été remis.

Une des questions, qui a beaucoup été débattue entre les avocats  de la défense et la partie civile, est la demande de la retransmission en direct ou de l’enregistrement du procès.

D’aucuns ont estimé que vu le fait historique du procès, il devrait être retransmis en direct ou enregistré pour les générations à venir, chose que les avocats des accusés ont rejetée, s’appuyant sur une jurisprudence du tribunal. Les avocats de la défense s’appuient également sur l’article 43 du code de justice militaire qui traite de l’interdiction d’enregistrement sous toutes ses formes.  Après une suspension, la demande des avocats de la partie civile a été rejetée par le parquet. Donc, pas d’enregistrement du procès.

Un rejet qui n’a pas réjoui certaines personnes, notamment  des avocats et des activistes

« Je suis déçu du fait que le parquet ait rejeté la demande d’enregistrement. On ne demande pas d’enregistrer pour la presse, mais pour l’histoire du pays. La justice militaire pouvait  l’enregistrer et dire à partir d’un certain temps, qu’on peut le déclassifier pour la recherche et les générations à venir. On peut prendre des notes, mais quelle que soit la rapidité, on ne pourra pas tout écrire », s’est exprimé Sams’K Le Jah du Balai citoyen.

Sams’K Le Jah du Balai Citoyen

« C’est regrettable et c’est même très grave de rejeter une telle demande, vu qu’il y a une disposition qui  ne permet pas d’enregistrer, mais il y a aussi, une disposition dans notre procédure pénale qui prévoit qu’on puisse faire l’enregistrement au cours d’un procès. Sur le plan des archives, on l’a entendu depuis 34 ans, aujourd’hui, dire de ne pas enregistrer, est très  grave pour l’histoire. Cela pourrait  permettre au Burkina d’avoir des archives », s’est offusqué Me Séraphin Somé de la partie civile.

Me Séraphin Somé

Quant à l’absence de Blaise Compaoré et ses avocats au procès, Me Prosper Farama a déclaré ce qui suit: « Le mandat d’arrêt international  n’a pas eu de suite malheureusement et nous nous ne savons pas trop pourquoi. Nous sommes très mal à l’aise, mais vous connaissez la position de la Côte d’Ivoire sur  cette question.

Me Prosper Farama

Pour nous la procédure est prévue même pour le cas de l’accusé qui refuse de comparaître. C’est la procédure par défaut, qui rentre en pratique, il sera jugé comme il le souhaite et il faut noter qu’en pareille circonstance, c’est la peine maximale qui sera prononcée ».

Des généraux s’autorécusent

Le procès aussitôt débuté, aussitôt suspendu pour pouvoir passer à l’échelon inférieur puisque les généraux Brice Bayala et Nazindigouba Ouédraogo se sont autorécusés comme juges assesseurs.  » Je souhaite ne pas faire partie des juges assesseurs, à cause de mes relations personnelles et un long moment de parcours professionnel avec certains accusés.

Il sera difficile pour moi d’être objectif », selon le général Ouédraogo qui dit avoir des liens d’amitié avec le général Gilbert Diendéré et Hyacinthe Kafando. Le général Brice Bayala quant à lui, avance des raisons de santé. Ils ont tous été excusés par le tribunal, après consultation des parties au procès.

Pendant plusieurs heures, le juge, la partie civile, la défense et le procureur militaire ont procédé au choix d’autres assesseurs. 3 juges assesseurs ont donc, été choisis pour siéger auprès du juge. Il s’agit du colonel-major Ouédraogo Boureima, du colonel-major Somda K. Alfred et du colonel de gendarmerie Saturnin Poda.

3 autres assesseurs suppléants ont été choisis pour remplacer les assesseurs titulaires, en cas d’indisponibilité. Il s’agit du commandant Christine Sougué, du commandant Abdoul Karim Ky et du capitaine Hygia Capuce.

De l’ambiance au procès

Le général  Gilbert Diendéré

Contrairement au procès du putsch manqué où l’ambiance et le climat étaient détendus avec les bousculades de la population, le climat au procès de Thomas Sankara et ses compagnons ressemblait à celui  d’un enterrement.

Le matin, peu avant le procès, c’était le calme total, pas assez de monde, sauf quelques curieux  et les familles des accusés et des victimes qui avançaient à pas de caméléon. Le seul décontracté à la salle d’audience était le général  Gilbert Diendéré qui assiste à son procès avec un le sourire aux lèvres.

Théophile P. KABORE/Ouaganews

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