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Mali : suppléer la clameur des foules au sursaut patriotique

Depuis le mercredi 19 août 2020, le Mali est dirigé par une junte militaire qui a poussé le président élu, Ibrahim Boubacar Keïta, à la démission. Elu en 2018 pour un second mandat qui devrait s’achever en 2023, Ibrahim Boubacar Keïta , gagné par une certaine léthargie, ne voyait pas le danger venir. Aux manifestations de syndicats à l’entame de son second quinquennat, est venue se greffer la grogne d’une partie de l’opposition, à l’issue des législatives de mars-avril derniers.

31 sièges de députés de l’opposition avaient été réattribués par la Cour constitutionnelle au RPM, le parti au pouvoir. Il n’en fallait pas plus pour que l’opposition, réunie au sein de la coalition Rassemblement des forces patriotiques connu sous le sigle M5-RFP ne durcisse le ton à partir du 5 juin, à travers des manifestations-monstres à Bamako et dans d’autres localités du pays. Sous le leadership de l’influent imam Mahmoud Dicko, le M5-RFP appelle au départ sans condition du président IBK.

Gabegie, népotisme, clientélisme, corruption et prédation des ressources publiques sont les griefs retenus contre le chef de l’Etat. Au regard du pourrissement de la situation, la CEDEAO mandate l’ancien président du Nigéria, Goodluck Jonathan pour une médiation entre les protagonistes. En plus, une délégation de cinq chefs d’Etat de l’institution régionale se rend à Bamako et propose une feuille de route qui a eu de la peine à être appliquée. Jusqu’à ce mardi 18 août 2020, l’armée malienne que l’on n’imaginait pas intervenir dans la crise sociopolitique, se fait entendre.

Une mutinerie est enclenchée au camp militaire de Kati, situé à 15 Km de la capitale, Bamako. La suite, on la connaît. IBK, son Premier ministre, Boubou et d’autres ministres sont arrêtés et amenés au camp Soundjata Keïta. Quelques heures plus tard, le président IBK rend sa démission et le Conseil national pour le salut du peuple (CNSP), sous le leadership du colonel Assimi Goïta, annonce la prise de pouvoir. Un putsch salué par l’opposition malienne réunie au sein du M5-RFP qui s’est dit prête à travailler avec le CNSP pour la mise en place d’une transition politique. D’ailleurs, ce vendredi 21 août 2020, le M5-RFP organise une grande manifestation pour saluer le départ du président démocratiquement élu.

Mais est-ce que l’hystérie qui anime les foules dans les rues de Bamako est la panacée à la mal gouvernance et l’insécurité qui plombent le pays ? Pas du tout ! C’est pourquoi la junte qui vient de prendre les rênes du pays doit faire en sorte que la question de la lutte contre le terrorisme soit la priorité des priorités. Ce dont a besoin le Mali à cette période critique de son histoire, c’est d’un sursaut patriotique. Il ne suffit pas de chasser un président pour se convaincre que tout ira pour le mieux dans les jours à venir.

C’est le moment ou jamais pour la classe politique malienne de tout bord, de faire preuve d’un sursaut patriotique pour sauver un pays au bord du précipice. Si aujourd’hui, ce pays a mal à sa gouvernance, c’est du fait de l’incurie de la classe politique qui n’a pas su dépasser les calculs partisans pour asseoir une gouvernance de qualité. Si cette phase transitionnelle qui s’annonce n’est pas employée à bon escient pour panser les plaies du pays, le peuple va vite déchanter. Il est donc, temps de mettre de côté les déclarations fantaisistes et d’affronter, avec rigueur et responsabilité, les maux qui minent ce beau et grand pays qu’est le Mali.

Ahmadou Bayala

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