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Sénégal : Les opposants, bêtes noires à abattre ?

Comme nous l’écrivions la semaine dernière, les élections législatives du 31 juillet 2022 au Sénégal, charrient des lendemains incertains à cause de l’invalidation par le Conseil constitutionnel, de la liste de la coalition de l’opposition Yewwi Askan Wi. Contre ce qu’elle qualifie de « forfaiture » orchestrée par le Conseil constitutionnel pour l’écarter de la compétition électorale, la coalition entend durcir le ton.

Le farouche opposant au président Macky Sall et maire de Ziguinchor, Ousmane Sonko et ses camarades veulent purement et simplement la réhabilitation de leur liste, afin de leur permettre d’aller à la conquête de l’électorat. La marche qu’elle projette d’organiser ce vendredi 17 juin 2022, vient d’être interdite par le préfet de Dakar, Mor Talla Tine.

Les raisons de cette interdiction avancées sont que la manifestation couve des « menaces de troubles à l’ordre public » et viole « l’article L61 du Code électoral », interdisant « toute propagande déguisée », durant les 30 jours précédant l’ouverture officielle de la campagne.

Des motifs que l’opposition a balayés du revers de la main, les qualifiant « d’arguties fallacieuses ». C’est peu de dire que le bras de fer est de plus en plus tendu entre la coalition Yewwi Askan Wi et le pouvoir, avant même que ne débute la campagne électorale. Et rien n’est fait pour apaiser cette atmosphère explosive.

Le président sénégalais, Macky Sall, de qui l’on espérait un arbitrage pour tempérer le climat, a dit s’en tenir à la décision du Conseil constitutionnel. « La loi est dure, mais c’est la loi », a-t-il martelé la semaine dernière, sur les ondes de RFI. En dépit de l’interdiction du préfet de Dakar, l’opposition persiste quant à la tenue de sa marche.

Au regard de ce qui se passe, l’on peut soutenir que l’électorat sénégalais est déjà divisé, sinon perplexe, avant même le démarrage de la campagne électorale. L’invalidation de la liste de Yewwi Askan Wi augure d’une période de tensions qui prend forme chaque jour. Puisque la coalition de la majorité présidentielle Benno Bokk Yaakaar a aussi sonné la mobilisation dans ses rangs pour, dit-on, « faire face aux pyromanes de l’opposition qui cherchent à déstabiliser le pays ».

Les prémices d’une crise sociopolitique se profilent à l’horizon, mais rien n’est fait pour l’étouffer. Pourquoi vouloir attendre que les rues s’embrasent pour que l’on convienne de la nécessité de discuter ? Qu’est-ce qui empêche le chef de l’Etat d’inviter la classe politique à un dialogue avant qu’il ne soit trop tard ?

Quel est ce jeu qui consiste à laisser pourrir une situation pour apporter plus tard, des solutions de replâtrage ? Ce que souhaitent au plus profond d’eux-mêmes les Sénégalais, c’est que le processus démocratique puisse poursuivre sa dynamique d’enracinement au quotidien.

Ce n’est pas par des contorsions machiavéliques qu’il faut exclure les autres adversaires. Depuis qu’il est arrivé au pouvoir le 2 avril 2012, Macky Sall a toujours mis en place des stratagèmes pour écarter ses opposants. L’ancien ministre du « ciel et de la terre » Karim Wade, et Khalifa Sall, l’ex-maire de Dakar, ont connu leur traversée du désert, au nom de prétendues poursuites judiciaires, sous le règne du chef de l’Etat actuel. Ousmane Sonko et d’autres leaders de l’opposition sont également dans le collimateur du pouvoir, depuis un certain temps.

Ces machinations qui consistent à exclure les autres sont loin d’apporter une plus-value à la démocratie sénégalaise. Il est temps que Macky Sall change de disque. Pourquoi vouloir à tout prix, museler les adversaires pour s’imposer ?

Ce qui se trame à la veille des législatives du 31 juillet 2022, est simplement irritant et pathétique. C’est bien dommage pour l’image de la démocratie sénégalaise qui a jusque-là, convaincu même les plus sceptiques, par son exemplarité.

Ahmadou Bayala/OuagaNews

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