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Alternance politique au Niger : la leçon de Issoufou Mahamadou à ses pairs

Lorsqu’il arrivait au pouvoir en 2011, à l’issue d’une élection présidentielle qui a mis un terme à la transition dirigée par Salou Djibo, le président nigérien sortant, Issoufou Mahamadou, avait fait la promesse qu’il respectera la constitution en ne briguant pas de 3e mandat. Réélu en 2016 pour son second et dernier quinquennat, il a mis un point d’honneur en travaillant au renforcement du processus démocratique dans son pays.

Durant ce bail de cinq ans, il a réitéré sa volonté de ne pas succomber à la tentative enivrante du 3e mandat. Pendant que courant 2019-2920, certains de ses pairs de la sous-région ouest-africaine faisaient feu de tout bois pour s’éterniser au pouvoir, après les deux mandats limitatifs, lui a gardé la tête froide, en préparant l’alternance politique dans son pays.

Convaincu qu’une parole donnée vaut de l’or, il est resté fidèle à lui-même en s’abstenant de se présenter à l’élection présidentielle du 27 décembre 2020. Au sein de son parti, le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-Tarayya), son choix s’est porté sur son compagnon de longue date, Mohamed Bazoum, comme son probable successeur.

Ce dernier a affronté 29 autres candidats à cette course au fauteuil présidentiel. Le double scrutin présidentiel et législatif s’est tenu à la date indiquée dans un climat sécuritaire difficile pour le Niger et ses voisins comme le Burkina Faso, le Mali et le Nigéria. Durant la campagne électorale, les forces armées nigériennes ont subi deux attaques terroristes dans la région Nord du pays.

Toutefois, cela n’a pas empêché les élections de se tenir. Les Nigériens, surtout les femmes et les jeunes, se sont rendus massivement aux urnes pour choisir celui qui présidera aux destinées du pays, les cinq prochaines années et les élus du peuple. Ce rendez-vous électoral nigérien a été riche de symboles. C’est la toute première fois de son histoire politique que le pays va vivre sa véritable alternance politique, d’autant plus que le président sortant ne s’est pas représenté.

Pendant que des analystes tirent sur la sonnette d’alarme sur les « nouvelles pathologies des démocraties africaines » dont la violation des constitutions, le chef de l’Etat nigérien sortant, Issoufou Mahamadou, a fait le pari de faire de l’alternance politique, une dynamique de la démocratie nigérienne.

En plus, le fait de choisir Mohamed Bazoum comme dauphin a été une audace. Convaincu que la politique va au-delà des considérations sectaires et réductrices, il a eu le courage de privilégier un ressortissant d’une ethnie minoritaire du pays. Risque énorme, quand on sait que des apprentis politiciens recourent à ces artifices pour justifier leur carence et leur manque de vision politique.

D’ailleurs, beaucoup d’adversaires du candidat Mohamed Bazoum n’ont pas hésité à instrumentaliser une partie du peuple, en soutenant qu’il n’est pas nigérien d’origine. Et cela a même été utilisé comme un programme politique par certains pour aller à la conquête de l’électorat nigérien.

Voilà un homme qui a été plusieurs fois élu député et nommé ministre dans son pays qui devient subitement un étranger dans son pays, parce qu’il veut être président de la République. Mais Issoufou Mahamadou, au-delà de respecter la constitution, avait, comme il l’a dit le jour des élections, l’ambition de « détribaliser la politique » au Niger. Pour le chef de l’Etat nigérien, une nation se construit avec l’ensemble de ses composantes sociales.

Une nation qui se veut être démocratique doit s’élever au-dessus de la politique qui mettrait en avant des considérations identitaires. Démocrate et patriote convaincu, Issoufou Mahamadou a donné une leçon à certains de ses pairs qui pensent que sans eux, il n’y aura point d’avenir pour leur pays. Il leur a donné la leçon que le pouvoir tire sa légitimité du respect du peuple.

Espérons que ces élections nigériennes s’achèveront bien, en dépit de la fébrilité qui a gagné certains camps. Tout comme le Ghana et le Burkina Faso, le Niger fait partie de ces pays africains qui ont pu, au cours de l’année 2020, organiser des scrutins dans une relative ambiance pacifique et apaisée. Que l’exemple Issoufou Mahamadou puisse inspirer les autocrates déguisés en démocrates, qui ont pris en tenaille leurs peuples.

La Rédaction

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