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Mouammar Kadhafi : dix ans après, la désillusion

Le prétexte était tout trouvé pour abattre l’ennemi. Il ne fallait pas tergiverser, cette fois-ci. A la faveur du Printemps arabe qui avait permis de chasser le Tunisien Ben Ali et l’Egyptien Hosni Moubarak du pouvoir et profitant d’une révolte populaire à Benghazi, la machine s’est mise en branle pour éliminer le guide libyen, Mouammar Kadhafi.

Une coalition internationale, créée de toutes pièces, sous l’instigation de Nicolas Sarkozy, qui avait reçu en grande pompe le guide en France, envahit la Libye avec l’aval de l’ONU. Assaillie de toutes parts, l’armée libyenne ne put résister. En fuite, le guide est arrêté aux environs de Syrte, le 20 octobre 2011.

Brutalisé et humilié, il est tué sur-le-champ. Son corps, exposé sur un matelas ensanglanté, le torse nu, est l’objet d’une curiosité malsaine. Après, il est englouti dans l’immensité du désert libyen dans l’anonymat le plus total. Il faut effacer toute trace du guide.

L’homme qui aura régné sur son pays pendant 42 ans, s’en est allé de la pire des manières avec la bénédiction de ses ennemis. Dix ans après sa mort, c’est le remords qui étreint le peuple libyen, qui vit désormais sous le diktat des milices armées.

Divisée entre l’Est et l’Ouest et sous la férule de deux autorités depuis 2014, la Libye est un pays de non-droit où les armes dictent la loi. L’économie est sérieusement plombée, la manne pétrolière est aujourd’hui sous l’emprise de deux compagnies nationales qui se livrent une concurrence farouche.  Dans ce qu’il faut appeler un véritable chaos, la valeur du dinar libyen ne vaut plus grand-chose.

Les milices ont littéralement pris en otage les institutions et excellent dans toutes sortes de trafics. Les migrants qui ont le malheur de transiter par la Libye sont transformés en esclaves.

C’est l’image d’un pays écartelé, déboussolé et désarticulé qu’offre la Libye, dix ans après la mort de Kadhafi. Parce qu’il était animé d’une volonté de libérer l’Afrique des prédateurs, déguisés en sauveurs, Sarkozy et autres ont orchestré sa perte avec la complicité même de certains chefs d’Etat africains.

La déstabilisation de la Libye a ébranlé toute la région du Sahel. Depuis lors, les groupes terroristes ont pris d’assaut les pays du Sahel et sèment la désolation à tout vent. Au nom d’une prétendue défense des droits de l’homme, on a envahi un pays souverain et éliminé son président, tout simplement parce qu’il avait le courage d’assumer ses choix.

Dix ans après, c’est une Libye divisée qui tente de se relever de cette longue nuit cauchemardesque. Le retour de la stabilité n’est pas pour demain. L’élection présidentielle prévue pour le mois de décembre 2021 reste la seule chance pour le pays de retrouver sa souveraineté. Toutefois, pas sûr qu’elle permettra de résoudre, en tant soit peu, les multiples maux du pays.

Les leaders politiques, soutenus de part et d’autre, par les différentes tribus qui composent la Libye, entretiennent des rivalités qui sont de nature à compromettre le retour à la normalité.  Dix ans après, ceux qui ont conspiré à la déstabilisation de la Libye se la coulent douce.

Ils ne seront jamais inquiétés pour leur forfaiture. Au mépris de la souveraineté de la Libye, ils ont caricaturé Mouammar Kadhafi, sous les traits d’un dictateur sanguinaire, impitoyable pour faire sa peau. Pendant ce temps, ceux qui ont orchestré ce chaos ne seront poursuivis par aucune juridiction. Ainsi, va le monde avec ses paradoxes.

Une situation qui rappelle cette morale de Jean de la Fontaine dans Les animaux malades de la peste : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ».

Ahmadou Bayala/Ouaganews

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